Baromètre 2026 : les profils les plus en tension en Belgique

par Anne Portzenheim | 5 Mai 2026 | Article

Industrie, IT, R&D — ce que le marché nous dit vraiment

72 % des employeurs belges déclarent éprouver des difficultés de recrutement, selon ManpowerGroup. En Flandre, le VDAB recense 227 métiers en tension pour 2026. Le message est clair : le marché ralentit par endroits, mais les profils critiques restent difficiles à attirer — du côté de Liège comme d'Anvers.

Ce que les chiffres confirment — et ce qu'ils ne disent pas

Les indicateurs macro-économiques montrent un marché du travail belge en ralentissement. Les intentions d'embauche reculent dans plusieurs secteurs. Le contexte économique reste incertain. Et pourtant, les DRH que nous accompagnons vivent une réalité bien différente : les postes en tension ne désemplissent pas. La concurrence pour capter les bons profils, elle, ne faiblit pas.

Ce paradoxe n'est pas nouveau. Il dit quelque chose de fondamental sur le marché belge des talents : le problème n'est pas seulement le volume de candidats, mais l'adéquation entre les compétences disponibles et les besoins réels des entreprises.

La nouvelle liste du VDAB est révélatrice. Parmi les dix plus grands métiers en tension en Flandre, plus de la moitié sont des fonctions techniques liées à l'industrie ou au bâtiment. Et le VDAB insiste sur un point structurel qui vaut pour tout le pays : pour 100 départs à la retraite, seulement 81 jeunes entrent sur le marché du travail. La pression démographique ne relâche pas la tension — elle la prolonge.

Même dans les secteurs qui ralentissent ou se restructurent, les profils spécialisés restent aussi difficiles à recruter qu'avant. Et sur le terrain, c'est exactement ce que l'on constate, que l'on parle d'industrie, d'IT ou de R&D.

Industrie & bureaux d'études : la double pression

L'industrie belge reste sous pression, malgré des dynamiques différentes selon les régions et les bassins économiques. Les profils recherchés sont souvent très précis : ingénieurs process, responsables maintenance, chefs de projet techniques, spécialistes qualité, profils R&D proches de la production.

En Flandre, les clusters industriels de la région d'Anvers (chimie, pétrochimie), de Gand (sidérurgie, agroalimentaire) ou de la Flandre occidentale concentrent une demande forte sur ces profils. En Wallonie, les bassins de Liège, de Charleroi et du Hainaut cherchent des profils comparables, souvent avec une dimension supplémentaire : accompagner la transformation d'un outil industriel en mutation.

Sur ces fonctions, le recrutement ne se joue pas seulement sur le diplôme ou l'expérience. Il se joue sur la capacité à rassurer, à projeter et à donner envie. Un bon profil technique veut comprendre le niveau de maturité du site, la qualité de l'équipe, le degré d'autonomie, les projets à mener et l'horizon de développement. Autrement dit : la marque employeur compte autant que le package.

Ce que nous observons sur le terrain

Les entreprises qui réussissent à attirer ces profils ont généralement trois points communs :

– Elles sourcent activement, au lieu d'attendre les candidatures.

– Elles savent parler concrètement du poste, du terrain et des enjeux réels.

– Elles raccourcissent leurs délais de décision — chaque semaine compte.

IT & digital : la pression ne faiblit pas

Le secteur IT reste l'un des plus sensibles. La demande demeure forte sur les profils capables d'intervenir sur le cloud, la cybersécurité, la data, le développement applicatif et la transformation numérique — avec une concurrence qui dépasse largement les frontières belges.

Dans l'IT, un bon candidat reçoit souvent plusieurs sollicitations en même temps. La vitesse du processus devient donc un avantage décisif. Si l'entreprise tarde, elle perd du terrain. Si elle reste floue, elle perd l'attention. Si elle n'incarne pas un projet crédible, elle perd le candidat. C'est particulièrement vrai pour les profils seniors, les architectes, les experts cyber et les profils de transformation.

Bruxelles concentre naturellement une part importante de la demande, mais la pression s'étend bien au-delà. Gand, Louvain et plusieurs pôles wallons — Liège Science Park, Aéropôle de Charleroi — contribuent eux aussi à maintenir une tension élevée sur les profils digitaux.

Ce que ça implique pour recruter

–    La flexibilité (télétravail, organisation du temps) est souvent plus décisive que le salaire.

–    L'approche directe, personnalisée, contextualisée fait toute la différence face à une boîte de réception saturée.

–    Un processus fluide et rapide n'est pas un luxe — c'est un signal envoyé au candidat sur la façon dont l'entreprise fonctionne.

R&D & sciences du vivant : la pénurie silencieuse

La Belgique dispose d'un tissu d'innovation solide. Mais ce tissu repose sur des talents rares, souvent très sollicités, et difficiles à convaincre avec un discours générique. Deloitte souligne d'ailleurs que la Belgique reste un hub européen de R&D, tout en étant confrontée à des tensions de talents qui pèsent sur la compétitivité.

Dans la recherche appliquée, les sciences du vivant ou les fonctions à l'interface entre laboratoire et production — que ce soit autour des pôles universitaires wallons (UCLouvain, ULiège, UNamur) ou des clusters pharma flamands (Janssen, UCB) — le recrutement demande une vraie finesse.

Ces candidats ne cherchent pas seulement un poste. Ils cherchent un contexte où leur expertise sera utile, respectée et exploitée au bon niveau. Un projet scientifique crédible, un niveau d'autonomie réel, une mission qui ait du sens. Et quand ce contexte n'est pas clair dès le premier contact, ils passent à autre chose.

Ce que ça implique pour recruter

–    Les viviers sont étroits : la connaissance des filières de formation est un avantage décisif.

–    Le projet d'entreprise doit être scientifiquement crédible et articulé dès le premier échange.

–    La cooptation et les réseaux spécialisés sont souvent plus efficaces que les canaux classiques.

Ce qu'il faut retenir

Le marché des talents belge n'est pas homogène. Il y a des secteurs qui respirent — et des secteurs qui restent sous tension forte, parfois même lorsque le marché global paraît ralentir. Ce qui relie les profils les plus rares, c'est une même logique : ils ne viennent pas à vous spontanément. Il faut les identifier, les approcher et leur donner une raison convaincante de bouger.

Pour les employeurs, la vraie question n'est donc pas seulement : "y a-t-il assez de candidats?". C'est plutôt : sommes-nous prêts à aller chercher les bons profils, avec le bon discours, au bon moment ?

3 questions à vous poser dès maintenant :

1.   Quel est votre délai moyen de recrutement sur vos postes en tension ces 12 derniers mois ?

2.   Vos offres sont-elles rédigées pour convaincre un candidat passif — ou informer un candidat actif ?

3.   Avez-vous un partenaire qui connaît réellement votre secteur et les acteurs qui le composent, des deux côtés du pays ?

Written by Anne Portzenheim